Rénovation & construction — Bruxelles et périphérieinfo@maisondemaitre.be

Rénovation d’appartement en copropriété : que faut-il vérifier ?

Statuts, parties communes et privatives, majorités en assemblée générale, syndic, permis et voisinage : les vérifications avant de rénover un appartement en copropriété.

Illustration : immeuble en copropriété et règlement de copropriété

À Bruxelles, une grande partie des appartements se trouvent dans des immeubles en copropriété : anciennes maisons de maître divisées, immeubles de l’entre-deux-guerres, résidences plus récentes. Rénover l’un d’eux, c’est intervenir dans votre lot, mais aussi à proximité immédiate de parties communes et de voisins qui partagent la même structure.

Avant de démolir une cloison, de déplacer une salle de bain ou de changer vos châssis, plusieurs vérifications s’imposent : ce que disent les statuts de l’immeuble, ce qui relève des parties communes, ce qui exige l’accord de l’assemblée générale et ce qui demande un permis. Cet article fait le tour de ces points pour une rénovation d’appartement en copropriété. Il ne remplace pas l’avis d’un notaire ou d’un juriste sur votre situation précise.

Les documents qui fixent les règles de votre immeuble

Les règles de la copropriété forcée des immeubles bâtis figurent dans le livre 3 du Code civil. Chaque immeuble dispose en outre de ses propres documents, à demander au syndic, ou au vendeur si vous êtes en train d’acheter :

  • l’acte de base : il décrit l’immeuble, distingue les parties privatives et communes et fixe la quote-part de chaque lot dans les parties communes ;
  • le règlement de copropriété : il précise les droits et obligations de chaque copropriétaire sur les parties privatives et communes, ainsi que la répartition des charges. Avec l’acte de base, il forme les statuts de l’immeuble, établis par acte authentique ;
  • le règlement d’ordre intérieur : établi sous signature privée, il organise notamment l’assemblée générale et fixe la période annuelle de quinze jours pendant laquelle se tient l’assemblée ordinaire. Il contient souvent aussi des règles pratiques sur les travaux ;
  • le registre des décisions de l’assemblée générale, consultable au siège de l’association des copropriétaires, comme le règlement d’ordre intérieur.

Demandez également au syndic les derniers procès-verbaux d’assemblée et, s’il existe, le dossier d’intervention ultérieure des parties communes, que le Code civil charge le syndic de conserver le cas échéant. Ce dossier peut renseigner l’emplacement de conduites ou le caractère porteur de certains murs.

Parties communes ou privatives : où passe la frontière ?

C’est l’acte de base qui trace la frontière. Le Code civil précise qu’en cas de silence ou de contradiction des titres, sont réputées communes les parties du bâtiment affectées à l’usage de tous les copropriétaires ou de certains d’entre eux. En pratique, selon Homegrade, toute l’enveloppe de l’immeuble relève généralement des parties communes, ainsi que les cheminées et les balcons, tandis que les châssis sont souvent privatifs.

ÉlémentStatut fréquentÀ vérifier
Murs porteurs, planchers, toiture, façadesParties communesToute intervention passe par la copropriété
Cloisons non porteuses intérieures au lotPrivativesCaractère réellement non porteur, gaines encastrées
ChâssisSouvent privatifsPrescriptions des statuts sur le modèle, la teinte, les divisions
Balcons et terrassesSouvent communs, parfois à jouissance privativeQui entretient, qui autorise les modifications
Colonnes d’eau, de décharge et de gazGénéralement communes jusqu’au raccordement du lotPoint exact de séparation, coupures pendant les travaux
Cheminées et gainesGénéralement communesRaccordements autorisés, tubage, liste des appareils raccordés
Chaudière individuellePrivativeConditions de raccordement à une cheminée collective

Point essentiel : même lorsque les travaux se déroulent dans votre lot, l’accord de la copropriété est nécessaire dès qu’ils touchent des parties communes (un mur porteur, la façade, un balcon, une cheminée), y compris lorsque vous avez la jouissance exclusive de l’élément concerné, rappelle Homegrade.

Travaux soumis à l’assemblée générale : les majorités prévues par le Code civil

L’assemblée générale décide à la majorité absolue des voix des copropriétaires présents ou représentés, sauf lorsque la loi exige une majorité qualifiée. L’article 3.88 du Code civil prévoit notamment :

  • la majorité des deux tiers pour tous travaux affectant les parties communes, à l’exception des travaux imposés par la loi et des travaux conservatoires et d’administration provisoire, qui relèvent de la majorité absolue ;
  • la majorité des quatre cinquièmes pour toute autre modification des statuts, y compris la répartition des charges, pour la modification de la destination de l’immeuble ou d’une partie de celui-ci, ainsi que pour la division d’un lot ou la réunion de plusieurs lots ;
  • l’unanimité pour toute modification de la répartition des quotes-parts de copropriété, sauf lorsque l’assemblée, statuant à la majorité qualifiée sur des travaux ou sur la division ou la réunion de lots, adapte en même temps les quotes-parts lorsque c’est nécessaire.
ProjetPourquoi l’assemblée est concernéeMajorité de référence
Ouvrir un mur porteur, créer une trémieIntervention sur la structure communeDeux tiers
Raccorder une extraction en façade arrière ou en toiturePercement de parties communesDeux tiers
Réunir deux appartementsRéunion de lotsQuatre cinquièmes
Diviser un grand appartementDivision d’un lotQuatre cinquièmes
Transformer un bureau en logementModification de la destination d’une partie de l’immeubleQuatre cinquièmes

Ces correspondances sont indicatives : la qualification exacte dépend de vos statuts et de la nature précise des travaux. Le syndic, et en cas de doute un juriste, vous aideront à formuler correctement la demande.

Faire inscrire votre projet à l’ordre du jour de l’assemblée

Tout copropriétaire peut, à tout moment, notifier au syndic les points qu’il souhaite voir inscrits à l’ordre du jour. Le syndic inscrit les propositions écrites reçues au moins trois semaines avant le premier jour de la période prévue pour l’assemblée générale ordinaire ; à défaut, elles passent à l’assemblée suivante. Les copropriétaires qui possèdent au moins un cinquième des parts dans les parties communes peuvent par ailleurs demander la convocation d’une assemblée.

Anticipez donc le calendrier, et joignez à votre demande un dossier clair : plans, note de l’ingénieur si la structure est concernée, méthode d’exécution, durée, protections prévues pour les parties communes. Si l’assemblée s’oppose sans juste motif à des travaux qui vous sont utiles, le Code civil permet de demander au juge l’autorisation de les exécuter à vos frais, même s’ils affectent les parties communes. C’est une voie de dernier recours.

Un mécanisme particulier existe pour les câbles, conduites et équipements liés à l’énergie, à l’eau ou aux télécommunications (article 3.82). Un copropriétaire peut les installer dans les parties communes à ses frais, après avoir adressé au syndic, par envoi recommandé et au moins deux mois avant le début des travaux, une description de ceux-ci. Les copropriétaires disposent alors de deux mois pour s’y opposer, sur la base d’un intérêt légitime.

Urbanisme : le permis reste une démarche distincte de l’accord de l’assemblée

L’accord de la copropriété ne dispense pas des règles d’urbanisme, et inversement. La fiche de Homegrade sur les travaux dispensés de permis le rappelle : dans un immeuble à appartements, un accord préalable de la copropriété est nécessaire pour les travaux portant sur les parties communes (châssis, façades, toitures, couloirs communs) ou modifiant le nombre de logements ou leur destination.

Côté permis, quelques repères issus de la même fiche :

  • les transformations intérieures sont dispensées de permis si elles ne modifient ni le nombre ni la répartition des logements, n’ont pas d’impact sur la stabilité et respectent les règlements d’urbanisme ;
  • réunir ou diviser des logements sort de ce cadre et relève donc du permis ;
  • pour des châssis visibles depuis l’espace public, seul un remplacement à l’identique (matériau, formes, divisions, teinte, profils) est dispensé de permis ;
  • les évacuations de gaz brûlés et de systèmes de ventilation, comme les unités extérieures de climatisation, sont interdites en façade avant et ne peuvent être visibles depuis la voie publique, selon le Règlement régional d’urbanisme cité par Homegrade.

En cas de doute, interrogez le service de l’urbanisme de la commune avant de présenter votre projet à l’assemblée : les deux démarches s’alimentent mutuellement.

Chauffage, cheminées et colonnes : les techniques partagées

Les installations techniques concentrent une bonne part des contraintes dans un appartement. Selon une réponse de Homegrade consacrée aux cheminées et chaudières, les cheminées et les gaines relèvent en général des parties communes, alors que la chaudière individuelle est privative. Un tubage individuel est privatif, mais nécessite l’accord de l’association des copropriétaires s’il est installé dans une partie commune.

Homegrade précise aussi qu’une liste des chaudières et chauffe-eau raccordés à une cheminée collective doit être tenue à jour, et que tout changement de chaudière raccordée à une telle cheminée demande l’accord de l’association, selon les règles de majorité fixées par la loi. Prévoyez-le dans votre calendrier si vous remplacez votre appareil.

Pour la cuisine et les sanitaires, renseignez-vous sur l’emplacement et l’état des colonnes d’alimentation et de décharge : éloigner une salle de bain de la colonne impose des pentes d’évacuation et parfois un rehaussement du sol. Si vos travaux ouvrent des gaines techniques, profitez-en pour faire constater l’état des colonnes communes avec le syndic. Nos pages rénovation de salle de bain et rénovation d’appartement à Bruxelles détaillent ces contraintes.

Enfin, dans un immeuble ancien, les matériaux à risque (amiante, peintures au plomb) se repèrent avant toute démolition : notre article sur les problèmes à vérifier avant une rénovation fait le point sur les règles bruxelloises.

Chantier en immeuble habité : accès, bruit et protections

Un chantier d’appartement se déroule au milieu des voisins. Le règlement d’ordre intérieur et, le cas échéant, les règlements communaux encadrent les horaires et les conditions de travail. À convenir avec le syndic avant le démarrage :

  • les horaires des travaux bruyants et les jours exclus ;
  • l’usage de l’ascenseur pour les matériaux et les gravats, et sa protection ;
  • la protection du hall, de la cage d’escalier et des portes palières ;
  • les coupures d’eau, d’électricité ou de chauffage qui toucheraient d’autres lots, à annoncer à l’avance ;
  • le stockage des matériaux et l’évacuation des déchets ;
  • un état des lieux des parties communes, photos à l’appui, avant et après le chantier.

L’acoustique mérite une attention particulière. Remplacer une moquette par un parquet ou un carrelage augmente la transmission des bruits de choc vers l’appartement du dessous, surtout sur un plancher en bois. Une sous-couche acoustique adaptée ou une chape désolidarisée limite ces nuisances, et certains règlements d’ordre intérieur l’imposent.

Informez enfin vos voisins directs de la nature et de la durée des travaux. Un mot affiché dans le hall et un contact joignable évitent bien des tensions.

Check-list avant de lancer les travaux de votre appartement

  1. Acte de base, règlement de copropriété et règlement d’ordre intérieur lus.
  2. Travaux classés : strictement privatifs, ou touchant des parties communes.
  3. Syndic informé ; point inscrit à l’ordre du jour si l’accord de l’assemblée est requis.
  4. Besoin d’un permis vérifié auprès du service de l’urbanisme de la commune.
  5. Structure, colonnes, cheminées et gaines repérées ; avis d’ingénieur si un mur porteur est concerné.
  6. Repérage de l’amiante réalisé avant toute démolition.
  7. Règles de chantier convenues : horaires, ascenseur, protections, déchets.
  8. Voisins informés, état des lieux des parties communes réalisé.

Lorsque nous chiffrons une rénovation d’appartement, nous commençons par ces vérifications : elles conditionnent la faisabilité, le planning et parfois le coût du projet. Nous pouvons aussi vous aider à rassembler les informations techniques utiles au syndic. Pour décrire vos travaux, utilisez la demande de devis ; si vous êtes en phase d’achat, notre checklist avant l’achat vous aidera à lire les documents de copropriété.

Questions fréquentes

Faut-il l’accord de l’assemblée générale pour rénover sa salle de bain ?

Pas si les travaux restent strictement privatifs : remplacement des sanitaires, carrelage, adaptation des tuyauteries à l’intérieur du lot. L’accord peut devenir nécessaire dès que les travaux touchent des parties communes, par exemple le percement d’un mur porteur, une intervention sur une colonne commune ou une extraction en toiture. Vérifiez aussi les règles pratiques du règlement d’ordre intérieur.

Peut-on abattre un mur dans son appartement ?

Une cloison non porteuse, située entièrement dans votre lot, relève en principe de votre décision, sous réserve des statuts. Un mur porteur fait généralement partie de la structure commune : son ouverture suppose l’accord de l’assemblée générale (deux tiers des voix pour les travaux affectant les parties communes), une étude de stabilité et, selon Homegrade, un permis avec architecte.

Qui paie les travaux votés par l’assemblée avant l’achat d’un appartement ?

Sauf clause contraire entre vendeur et acheteur, l’article 3.94, § 2, du Code civil met en principe à charge de l’acquéreur les dépenses décidées avant le transfert de propriété mais appelées après. D’où l’intérêt de lire les procès-verbaux d’assemblée avant l’offre et de négocier ce point dans le compromis. Notre checklist avant l’achat détaille les documents à obtenir.

Peut-on remplacer ses châssis sans demander l’avis de la copropriété ?

Les châssis sont souvent privatifs, mais ils font partie de la façade : les statuts imposent fréquemment un modèle, une teinte ou des divisions, et un accord préalable peut être requis. Côté urbanisme, un remplacement à l’identique peut être dispensé de permis, alors qu’une modification visible depuis l’espace public en demande un. Consultez les statuts et le syndic avant de commander.

Comment faire inscrire un projet de travaux à l’ordre du jour de l’assemblée ?

Adressez votre demande écrite au syndic. Il inscrit les propositions reçues au moins trois semaines avant le premier jour de la période fixée pour l’assemblée générale ordinaire ; à défaut, le point est reporté à l’assemblée suivante. Joignez un dossier clair (plans, méthode, durée, protections) pour faciliter la décision.

Maison de Maître — rénovation et construction à Bruxelles.

Nos guides sont rédigés pour aider les propriétaires à préparer leur projet. Les règles et aides évoluent : vérifiez toujours les informations auprès des sources officielles citées.

Votre projet

Un projet de rénovation à Bruxelles ?

Décrivez-nous votre bien et vos objectifs. Premier échange sans engagement, réponse généralement sous 48 heures ouvrables.

Ou appelez le +32 479 65 11 78

La newsletter du fondateur

Capital, immobilier & intelligence artificielle

Les réflexions de Fatih AK sur l’immobilier, le capital, l’investissement, les marchés et l’intelligence artificielle. Publiée sur Substack, en complément de l’activité de Maison de Maître.

Lire la newsletter sur Substack